« Ouvre une société au Panama, tout est offshore et à zéro. » « Le Portugal, c'est zéro impôt sur la retraite. » « Au Paraguay, ils ne taxent que les revenus locaux. » Ces phrases se vendent par milliers, en formations et en vidéos. Elles ont un point commun : elles parlent du pays d'arrivée, et oublient le seul sujet qui décide vraiment de votre imposition, votre départ de France. Reprenons les trois, une par une, avec ce qui est vrai en 2026.
Le principe qui vaut pour les trois
Avant la destination, une règle. Tant que vous êtes résident fiscal français, vos revenus mondiaux sont imposables en France, quel que soit le pays où vous posez vos valises. Et votre résidence se juge sur l'article 4 B du CGI : foyer (famille), activité principale, centre des intérêts économiques. Un seul de ces éléments resté en France suffit à vous y rattacher. C'est la mécanique que nous détaillons dans notre article sur la résidence fiscale.
Deuxième niveau : s'il existe une convention fiscale entre la France et votre pays d'accueil, elle tranche les conflits de double résidence. S'il n'y en a pas, la France applique son seul droit interne, sans arbitrage. Gardez ces deux idées en tête : elles expliquent pourquoi nos trois destinations ne se valent pas du tout.
Le pays ne décide pas de votre imposition. La réalité de votre départ, oui.
Panama : territorial et sous convention, mais listé paradis fiscal
Celui-ci a l'air le plus carré des trois, et c'est justement le piège. Le Panama applique une fiscalité territoriale : il n'impose que les revenus de source panaméenne (au barème progressif, jusqu'à 25 %) et laisse vos revenus étrangers exonérés. Surtout, contrairement au Paraguay, il existe une convention fiscale France-Panama, signée en 2011 et en vigueur depuis 2012, qui prévoit un mécanisme d'arbitrage. Territorial et sous convention : sur le papier, c'est rassurant.
Mais trois réserves, que les vendeurs de rêve passent sous silence :
- Territorial ne veut pas dire bouclier. L'exonération panaméenne est panaméenne : elle ne dit rien de votre situation française. Si votre foyer, votre famille ou vos intérêts économiques restent en France, vous demeurez résident fiscal français, et le 0 % local ne vous protège de rien. Une cédula panaméenne ne fait pas de vous un non-résident.
- Une convention, oui, mais un pays listé « paradis fiscal ». Le Panama a été retiré de la liste française des États et territoires non coopératifs au titre du critère national en février 2024, mais il y reste maintenu par ricochet de la liste noire de l'Union européenne. Concrètement, cela déclenche des règles françaises aggravées sur les flux liés au Panama (retenues alourdies, déductibilité restreinte, dispositifs anti-évasion plus faciles à activer) et une vraie friction bancaire à l'ouverture de comptes. « Il y a une convention » ne veut donc pas dire « c'est propre ».
- L'exit tax au départ. Quitter la France avec des participations significatives peut déclencher l'exit tax (article 167 bis du CGI), sujet que nous traitons dans notre article dédié.
Le Panama peut avoir du sens. Mais sa convention ne le lave pas de son statut de paradis fiscal aux yeux de la France, et son 0 % territorial ne remplace jamais un départ réel et préparé.
Portugal : le mythe du paradis des retraités est mort
C'est sans doute le changement le plus mal connu. Pendant des années, le régime des résidents non habituels (RNH) a fait du Portugal l'eldorado des retraités français : pensions étrangères quasi exonérées pendant dix ans. Ce régime a été fermé aux nouveaux arrivants fin 2023 (loi de finances portugaise pour 2024).
Son successeur, l'IFICI (parfois appelé « RNH 2.0 »), n'a rien d'un cadeau pour retraités : il vise des profils de recherche, d'innovation et à forte valeur ajoutée, propose un taux de 20 % sur certains revenus d'activité, et exclut explicitement les pensions.
Conséquence pour un retraité français qui s'installe au Portugal en 2026 : aucune exonération automatique. Sa pension est imposable au Portugal au barème progressif (taux marginal de 48 %, et jusqu'à 53 % surtaxe de solidarité comprise), sous réserve de la convention France-Portugal. Autrement dit, le Portugal « fiscalement doux pour la retraite », ce n'est plus vrai pour les nouveaux arrivants. Les articles qui le vendent encore datent d'un monde disparu. Nous détaillons ce nouveau cadre dans notre article sur l'expatriation au Portugal.
Une grande partie de ce qui circule en ligne sur le « Portugal RNH » décrit un régime fermé depuis fin 2023. Vérifiez toujours la date d'un conseil fiscal : une règle abrogée reste publiée des années sur le web.
Paraguay : territorial, mais sans convention avec la France
Le Paraguay séduit par sa fiscalité territoriale : il n'impose que les revenus de source paraguayenne, et laisse vos revenus étrangers tranquilles. Les revenus de source locale, eux, supportent bien l'impôt paraguayen sur le revenu des personnes physiques (l'IRP), au barème progressif de 8 à 10 % (10 % au taux marginal ; les dividendes locaux supportent une retenue distincte). D'où la conclusion hâtive : « mes revenus de source française ou internationale ne seront pas taxés, je suis à l'abri ».
Sauf qu'il n'existe aucune convention fiscale entre la France et le Paraguay. Et c'est décisif : en l'absence de convention, il n'y a aucun mécanisme d'arbitrage. La France peut vous considérer résident fiscal sur le seul fondement de l'article 4 B, et imposer vos revenus mondiaux, sans qu'aucune règle internationale ne vienne la contredire. Le fait que le Paraguay ne vous impose pas ne dit rien de votre situation française.
Le vrai risque au Paraguay n'est donc pas la double imposition : c'est de rester, sans le savoir, pleinement imposable en France, parce que le départ n'a pas été rendu solide et incontestable.
Le comparatif, sans complaisance
| Panama | Portugal | Paraguay | |
|---|---|---|---|
| Impôt sur le revenu local | Territorial (0 % étranger, local jusqu'à 25 %) | Barème (jusqu'à 48 %+) | Territorial (0 % sur revenus étrangers, IRP 8-10 % en local) |
| Convention avec la France | Oui (2011) | Oui | Non |
| Le vrai piège | Convention oui, mais listé ETNC (liste UE) | RNH fermé : pensions imposées au barème | Sans convention, la France garde la main |
Trois destinations, trois pièges différents. Aucune n'est « la » bonne réponse dans l'absolu : la meilleure dépend de votre profil (actif ou retraité), de la nature de vos revenus, et surtout de votre capacité à transférer réellement le centre de votre vie.
Ce qui décide vraiment
Le dénominateur commun des trois mythes, c'est l'illusion que le pays d'arrivée fait le travail. Il ne le fait jamais seul. Ce qui détermine votre imposition, c'est :
- La réalité de votre départ : transfert effectif du foyer, de l'activité, des intérêts économiques. Le faisceau d'indices, pas l'adresse.
- La présence ou l'absence de convention, et ce qu'elle prévoit pour vos revenus (pensions, dividendes, plus-values).
- La séquence : l'ordre des opérations avant et après le départ (cessions, exit tax, rachats, comptes à déclarer) change le résultat du tout au tout.
Choisir une destination avant d'avoir répondu à ces questions, c'est mettre la charrue avant les boeufs. La bonne démarche est inverse : d'abord votre situation, ensuite le pays qui lui correspond.
Avant de choisir un pays : où en est réellement votre résidence fiscale, quels revenus vous avez (et leur traitement par chaque convention), votre exposition à l'exit tax, vos obligations déclaratives, et la séquence d'un départ sécurisé. La destination devient une conclusion, pas un point de départ.
En résumé
Le Panama est territorial et a même une convention avec la France, mais il reste inscrit sur la liste des paradis fiscaux (via l'Union européenne), ce qui déclenche des règles françaises aggravées. Le Portugal n'est plus le paradis des retraités depuis la fin du RNH : les pensions des nouveaux arrivants y sont imposées au barème. Le Paraguay est territorial mais sans convention, donc la France peut garder la main. Dans les trois cas, le pays n'est jamais la réponse : c'est la réalité de votre départ et la préparation qui font la différence entre une économie réelle et un redressement.
Questions fréquentes
Le Panama, avec sa convention, me met-il à l'abri de la France ?
Pas seulement grâce à elle. Le Panama est territorial et a bien une convention avec la France (2011), mais il reste inscrit sur la liste française des paradis fiscaux, par ricochet de la liste de l'Union européenne : cela déclenche des règles françaises aggravées. Et l'exonération panaméenne ne vous protège de la France que si votre départ est réel.
Le régime RNH portugais existe-t-il encore ?
Non, il est fermé aux nouveaux arrivants depuis fin 2023. Son successeur (IFICI) exclut les pensions. Un retraité arrivant en 2026 voit sa pension imposée au barème portugais.
La fiscalité territoriale du Paraguay me protège-t-elle de la France ?
Pas automatiquement. Sans convention France-Paraguay, la France peut vous considérer résident via l'article 4 B et imposer vos revenus mondiaux si votre départ n'est pas réel.
Quelle destination pour payer moins d'impôt ?
La question dépend de votre situation, pas d'un classement de pays. Le bon pays est celui qui correspond à votre profil et à un départ réellement préparé.
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Le bon pays dépend de votre situation, pas d'un classement
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Sources & références
- Liste des conventions fiscales conclues par la France (dont l'absence de convention avec le Paraguay), BOFiP : bofip.impots.gouv.fr
- Conventions fiscales France-Portugal et France-Panama : impots.gouv.fr
- Fin du régime RNH et régime IFICI (loi de finances portugaise 2024) : Autorité fiscale portugaise
- Convention fiscale France-Panama (signée le 30 juin 2011, en vigueur le 1er février 2012) et maintien du Panama sur la liste des ETNC via l'Union européenne : bofip.impots.gouv.fr
- Article 4 B et article 167 bis du Code général des impôts : Légifrance